Mince, ma photographie est-elle contemporaine ?
Produite aujourd’hui, certes, mais d’un grand classicisme. Ou ne serait-ce pas plus simplement de la simple photographie ? Nous sommes submergés de nos jours par les images fixes ou animées et pour sortir du lot, Il faut forcer le style, souvent en couleur, revanche en quelque sorte du pictorialisme avec aujourd’hui le néo-pictorialisme et la photographie plasticienne. Mais est-ce toujours de la photographie en tant que telle ? Un débat récurrent. Je ne souhaite pas exprimer mon opposition car j’aime beaucoup la photographie moderne enrichie de façon plasticienne ou numériquement et je la pratique quelque fois (les monolithes). Pas de querelle de styles, non, juste une réflexion sur ce que l’on voit beaucoup aujourd’hui dans les publications. Ou si je pose la question autrement, parle-t-on d’images ou de photographies ? Et bientôt peut-être, un retour à des formes plus épurées sera à nouveau apprécié après les excès de (dé)saturation, de décadrage, de flou, de surimpression ….

 



Un peu de technique.
J’ai commencé la photo il y a un peu trop longtemps, à l’adolescence, au temps où le numérique n’existait pas. Le temps des labos improvisés dans les petites salles de bain avec la chimie odorante et surtout, avec ce si beau papier baryté aux noirs profonds, aux blancs veloutés …  Le temps passant, par goût de la nouveauté, par commodité, à moindre coût, je suis passé au numérique. Il n’est pas si désagréable de développer ses photos sur un écran en plein jour, confortablement assis … J’étais un médiocre tireur en argentique, je n’ai jamais été très doué pour les masquages sous la lampe et le labo ne me manque pas beaucoup. Ce qui me manque énormément, c’est le rendu argentique, celui déjà évoqué du papier baryté. Depuis que je suis sur ordinateur, je ne cesse de vouloir reproduire ce rendu. Et j’ai bien du mal ! Pas très fortuné, je n’ai jamais pu acquérir des appareils à grands capteurs et je suis resté à l’APS-C (Fuji). Et avec l’envolée des définitions, ces capteurs ont tendance à n’offrir qu’une plage dynamique réduite, des blancs froids et vite brûlés, des noirs trop vite complétement noirs, sans profondeur. Les capteurs grands formats atténuent ces défauts et avec les plus petits, il faut passer du temps pour développer ses fichiers. J’utilise des logiciels libres, principalement Darktable et j’use et abuse de ses capacités de masquages pour équilibrer les tons, chercher des détails dans les noirs, calmer les blancs …
Mes photographies seront donc peut être jugées traditionnelles, les excès son tellement faciles en numérique. Je sais le noir et blanc que je n’aime pas. Ce sont les photos numériques qui « croustillent » ou au rendu métallique. Je m’explique. Les photographies avec des excès de contraste local ou d'accentuation, surtout si la scène se situe en extérieur ensoleillé. Les capteurs et les objectifs modernes sont tellement nerveux qu’il devient vraiment difficile de maîtriser une prise de vue sous le soleil. Un temps lumineux mais gris me convient finalement mieux. S’il y bien une chose qui ne change pas, c’est bien le fait que c’est la lumière qui fait les photographies.
  



Pour introduire ma série sur le silence, une référence peut-être ? Walker Evans, la photographie documentaire, le vernaculaire sont pour moi des références importantes quand on pratique “les séries”. Mais je ne renonce pas non plus pour autant à de forte envie d’esthétique (et je n’ai pas dit que les photos de W. Evans n’étaient pas esthétiques !). Je fais tout mon possible pour que mes photographies soient un champ à deux dimensions où peuvent s’épanouir émotions, narrations et pourquoi pas réflexions.